J’ai longtemps réfléchi avant de renouveler mon engagement à l’entraînement en vue des Jeux paralympiques de 2018. Les deux années intenses qui ont précédé les Jeux de Sotchi m’ont complètement vidée aux plans physique, émotionnel et financier, et ce, malgré le soutien inconditionnel de mes proches et de ma communauté. Les répercussions ont été telles que j’ai mis une bonne année à m’en remettre.

En regardant les Jeux Olympiques et Paralympiques, et de voir la facilité avec laquelle les athlètes effectuent leurs prouesses, il peut être difficile pour vous de mesurer la quantité d’efforts, de travail, d’entraînements et de sacrifices requis pour tenter de se rendre jusqu’aux Jeux.

Aussi exigeant soit-il, l’entraînement physique n’est qu’un aspect. La préparation mentale, l’alimentation, la gestion de l’équipement, la logistique des entraînements et des compétitions, les blessures, les soins de santé, le repos, la gestion financière; il y a toute une panoplie de choses à faire en dehors des entraînements formels. L’engagement est quotidien et se doit d’être sans relâche, jour après jour, du réveil au coucher.

Avant de m’engager pour 2018, je devais peser les pours et les contres de ce rythme de vie qui laisse peu de temps pour la famille, le chum, les amis et les loisirs. (Moi, avide lectrice, j’avoue ne pas avoir lu un seul roman dans la dernière année.)

« Les pays ont de plus en plus de profondeur, ils sont de plus en plus compétitifs. Les médailles sont plus difficiles à aller chercher, mais c'est ce qui fait qu'elles ont plus de valeur. »

— Chantal Petitclerc, chef de mission, équipe canadienne des Jeux paralympiques de Rio

Mon progrès jusqu’aux Jeux de 2014 a été rapide, mais cette courbe s’atténue et les gains de performance sont de plus en plus difficiles à aller chercher. Ce faisant, le paysage de la compétition internationale change rapidement. De nombreux pays se tournent vers les Jeux paralympiques pour faire des gains de médailles et rehausser leur notoriété. Résultat : la majorité des athlètes s’entraîne désormais à temps plein dans le cadre de programmes intensifs entièrement financés par l’État ou le secteur privé. Qui plus est, ils s’entraînent une bonne partie de l’année sur neige.

Mes visées pour 2018 exigent que je revoie mon approche d’entraînement à la lumière de celle de mes compétitrices. Toutefois, très peu d’argent est destiné au développement des athlètes avec différences physiques qui poursuivent l’excellence sportive au Canada. Compte tenu de la concurrence et de la pénurie de ressources, il est de plus en plus difficile pour les athlètes canadiens en développement de financer leur entraînement de manière à rivaliser sur la scène internationale.

« Avec de l’aide, Caroline peut compétitionner pour le Canada aux Jeux paralympiques d’hiver de 2018 et y obtenir d’excellents résultats. Malheureusement, il manque de fonds pour les athlètes en développement qui peuvent se mesurer à la compétition internationale sans encore bénéficier du Programme de l’équipe nationale ou du Programme d’aide des athlètes. »

— Mike Edwards, directeur de la haute performance paranordique, Ski de fond Canada

Je me suis donc interrogée sérieusement : suis-je prête à donner le tout pour le tout pour tenter de me tailler une place sur l’équipe canadienne de Pyeongchang 2018? Ma réponse : oui.  Parce qu’il y a de ces occasions dans la vie qu’on ne peut laisser passer. Que je réussisse ou non à me tailler une place sur l’équipe, j’en sortirai plus forte et plus rapide qu’avant. J’aurai forgé de nouvelles relations, grimpé de nouveaux sommets, repoussé de nouvelles limites. Peu importe le résultat, j’ai tout à gagner.

C’était en mars 2016. Quelques mois plus tard, je prenais 18 mois de congé sans solde du travail. Le tout pour le tout!