« Wow, tu parles bien français pour une Ontarienne! »

Mes sœurs et moi sommes le produit unique de deux familles profondément francophones de Vanier. Jusqu’à très tard, nous étions unilingues francophones. En Ontario, oui.

Mon père, s’inquiétant pour notre avenir, nous faisait répéter à voix haute des extraits interminables (et incompréhensibles) de Shōgun de James Clavell (l’un des rares romans qu’il possédait) jusqu’aux petites heures de la nuit. C’était mortel. Mais le sentiment de honte qui m’envahissait chaque fois qu’on m’interpellait en anglais dans la cour d’école suffisait pour que je m’adonne, sans trop rouspéter, à son exercice de contorsion faciale.

J’ai donc passé une bonne partie de ma jeunesse à rêver que je parlais anglais. La qualité de mon français me donnait des bonnes notes à l’école, certes, mais… ce n’était pas cool pantoute! Je ne saisissais pas les blagues ou les références aux produits culturels anglophones (Mr Dress Up? The Littlest Hobo?). J’avais souvent l’impression d’évoluer en marge de mon milieu.  Même la FESFO, qui a fait de moi une francophone assumée, n’a pas réussi à dissiper la tension.

« Your English is really good for a Quebecer… oh, you're from Ontario?!»

Depuis, j’ai appris l’anglais, et je me réjouis de mon accent francophone. Mais surtout, je comprends mieux l’origine de mon malaise de jeune fille. Il me fallait apprivoiser et me réconcilier avec la culture anglophone pour réaliser pleinement mon identité franco-ontarienne.

Les Franco-Ontariens sont en quelque sorte la colle du pays. Quelle que soit nos origines (européenne, autochtone, africaine, asiatique), c’est notre position géographique, notre ouverture culturelle et notre maîtrise des deux langues officielles qui font de nous des leaders naturels du pays.

En tendant un bras vers nos cousins de l’Est, puis l’autre vers nos voisins de l’Ouest, nous avons la capacité de réunir tous les Canadiens dans une seule étreinte, dans la mesure où le français ne s’oppose pas à l’anglais, mais s’en enrichit.

Cert article a été publié dans Le Chaînon
Automne 2015 – Vol 33 No.2